Dimanche 30 novembre 2008

"C'est bien à une révolution que nous invite ce Grenelle de l'environnement", a dit le président de la République, Nicolas Sarkozy, lors d'un discours prononcé à l'Elysée en présence de 500 invités. "Une révolution dans nos façons de penser et de décider, une révolution dans nos comportements, dans nos politiques, dans nos objectifs, dans nos critères. Notre ambition est d'être en avance, d'être exemplaires".
S'il est une chose à retenir du "grenelle de l'envrionnement", c'est bien cette formule : la France doit être "exemplaire" en matière de lutte contre le réchauffement climatique, ce qui ne devrait pas être trop difficile, vu le retard pris par notre pays par rapport aux autres pays européens, comme l'Allemagne par exemple.
Toutefois, l'usage même de ce mot oblige à plusieurs réflexions :
1) Quel peut être l'avenir des conclusions formulées et des mesures prises dans un cadre exclusivement franco-français ?
Chacun sait qu'aujourd'hui l'une des plus grandes réussites de l'Europe concerne la réglementation environnementale et que la plupart, pour ne pas dire la quasi-totalité, des lois sur la protection de l'environnement en vigueur en France viennent directement de Bruxelles.
En outre, l'effort qui sera demandé aux entreprises et aux citoyens français peut-il être compatible avec la mondialisation, avec la compétion industrielle internationale et avec l'importation de marchandises ?
Est-il cohérent de demander d'un côté à nos entreprises de faire un effort
écologique, donc supplémentaire au niveau de leurs investissements en machines et en matières premières, et d'un autre côté de laisser des pays comme la Chine ou l'Inde produire sans limitations
et sans contraintes écologiques ? D'ailleurs, nous autres, pays riches et industrialisés, avons-nous le droit d'empêcher ces pays émergents de se développer ? Avons-nous le droit de leur dire :
"Faites ce qu'on dit maintenant, ne faites pas ce qu'on a fait naguère" ? Avons-nous le droit de leur imposer des frais que nous ne nous sommes pas imposés à nous-mêmes ?D'ailleurs, la création d'une "contribution climat énergie", réclamée par les ONG afin de donner un prix au carbone, n'a pas été retenue.
2) Quid des taxes ?
Il faut se rendre compte de l'évidence : un effort supplémentaire va être demandé aux contribuables.
Ainsi, la taxe sur les émissions de CO2 des véhicules... Mais qu'en est-il du trafic aérien, dont on sait, qu'en matière de transport il est le plus polluant ?
Quid du développement du réseau ferroviaire ? Voilà 20 ans que les différents lobbies se refusent à le mettre en pratique, pourquoi cela changerait-l maintenant ?
Pourquoi ne pas révolutionner l'esprit des consommateurs ? A-t-on réellement besoin de bouteilles d'eau ou de lait en plastique plutôt qu'en verre ? A-t-on vraiment besoin de bouteilles jetables plutôt que de verre consigné ? A-t-on besoin de 2 bouteilles de 50cl plutôt que d'une d'un litre ? A-t-on vraiment besoin d'un dentifrice encartonné ? Après tout, ce qui a été possible pour les sacs en plastique doit bien être possible à d'autres échelons de la consommation...
Libre au consommateur d'acheter un produit entouré d'un cellophane, libre alors à lui d'en assumer le surcoût.
3) On parle beaucoup des émissions de gaz carbonique, mais quid des autres polluants, comme les oxydes d'azote (NOx), les nitrates ou encore l'ozone (O3) ?
En outre cette question rejoint également celle des pesticides. Le puissant lobby agricole ne veut pas entendre parler de mesures d'interdiction. Et le grenelle stipule que la réduction de 50% de l'usage des pesticides serait conditionnée à la mise en place de "méthodes alternatives". Or, rien n'a filtré sur la date butoir, rien n'a filtré sur ce qu'il fallait entendre par "méthodes alternatives".
D'ailleurs si l'on va plus loin, on s'aperçoit que le président, dans son discours depuis l'Elysée, a "demandé" au ministre de l'Agriculture "Michel Barnier de proposer avant un an un plan pour réduire de 50% l'usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les dix ans qui viennent".
"Si possible"... Et si ce n'est pas possible ? Alors on continue comme avant ?
Il faut également se souvenir des propos du Ministre de l'Agriculture : "Il faut aller le plus vite possible pour la réduction de 50%, mais il y a besoin de protéger les cultures car les agriculteurs n'utilisent pas ces produits par plaisir mais par nécessité pour lutter contre les maladies". Par nécessité de production et de productivité surtout.
4) Quid des OGM ?
Le Président le la République a annoncé la suspension de la culture commerciale des OGM-pesticide, "en attendant les conclusions d'une expertise à conduire par une nouvelle instance, qui sera créée" d'ici à la fin de l'année.

Le commissaire européen à l’environnement Stavros Dimas a d’emblée réagi, rappelant qu’un moratoire sur les OGM était contraire à la législation européenne. Pour autant, celle-ci permet à un État membre d’activer une "clause de sauvegarde" pour restreindre ou interdire provisoirement sur son territoire l’utilisation ou la vente d’un OGM préalablement autorisé par l’Union européenne. Il faut pour cela faire valoir des éléments nouveaux prouvant que l’OGM en question présente des risques pour la santé ou l’environnement.
Jean-Louis Borloo a affirmé qu’il était prêt à activer la clause de sauvegarde concernant le maïs génétiquement modifié de Monsanto, "Mon 810", qui produit une toxine insecticide pour résister à la pyrale (insecte ravageur) et qui est le seul OGM actuellement cultivé à grande échelle sur le sol national (quelque 22 000 hectares). Les associations environnementales se sont empressées de diffuser cette information, qui a été confirmée par l’entourage du ministre. Mais depuis, le ministère de l’écologie a fait savoir que l’usage de cette clause n’était plus forcément d’une brûlante actualité...
De plus, il faut s'interroger sur certaines bases de l'agriculture : est-il pertinent de continuer à produire traditionnellement du maïs en grandes quantités par irrigation, maïs dont chacun sait qu'il sert quasiment exclusivement de nourriture aux animaux ?
5) Quid des énergies renouvelables ?
Les énergies renouvelables devront correspondre à 20
% de l’énergie consommée d’ici à 2020 (contre moins de 6% aujourd'hui), soit une augmentation de 20 millions de tonnes équivalent pétrole, mesure à laquelle chacun se doit d'adhérer.Cependant, il faut s'interroger sur les moyens à mettre en oeuvre : création d'une agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et élaboration d'un plan de promotion des filières renouvelables d’excellence écologique... Rien sur les possibilités de financements offertes aux collectivités (communes en particulier).
6) Quid de l'urbanisme ?
En matière d'urbanisme et de construction, tous les bâtiments neufs construits à partir de 2012 devront respecter les normes dites "de basse consommation". En 2020 ce sera la norme d'énergie positive qui s'appliquera (le bâtiment produit plus d'énergie qu'il n'en consomme).
En outre, les pouvoirs publics devront porter à 400.000 par an le nombre de logements anciens rénovés, à commencer par les 800.000 logements HLM particulièrement dégradés. Toutes les administrations feront dès 2008 leur bilan carbone et devront accroître de 20% leur efficacité énergétique. Les documents d'urbanisme devront permettre la création d'une véritable trame verte à travers le territoire français, afin de préserver la biodiversité.
Enfin, une nouvelle modification du code des marchés publics est prévue pour rendre les clauses environnementales obligatoires dans les marchés des administrations à partir de 2008.
La question du financement de telles mesures, certes alléchantes et probablement efficaces, reste toutefois en suspens.
7) Quid du financement ?
Enfin, aucun coût, à peine un financement, n'a été évoqué pour l'ensemble des mesures proposées par le grenelle de l'environnement. Et c'est probablement là que le bât blesse.
L'écologie, la protection de la planète, sont des sujets bien trop sérieux. Il ne faudrait pas que toutes ces ébauches de bonnes volontés soient subitement balayées du revers de la main, sous prétexte qu'aucun financement n'a été prévu.
Le président Nicolas Sarkozy a estimé que le "Grenelle de l'environnement" constituait une révolution en la matière. Une sorte de révolution verte.
Il faut saluer la démarche, une démarche de démocratie participative. Il faut saluer la volonté et la prise de conscience que le grenelle a éveillée.
Mais l'écologie ne doit pas être qu'un voeu pieux. Le grenelle de l'environnement ne doit pas devenir une vulgaire "usine à gaz", une nouvelle forme de reality-show.
Il faut espérer que ce grenelle ne ressemblera pas à Rio ou encore Kyoto : aucun des engagements pris n'a été réalisé, aucun objectif n'a été atteint...



